Rencontres amoureuses

ARTICLE | SOCIOLOGIE

Cet article a été co-écrit avec Scott Cosio et Kimberley Bourdier.

Les rencontres amoureuses sont, pour beaucoup d’individus, un sujet épineux : le premier moyen pour rencontrer un partenaire est celui du cercle proche de fréquentations, amis, amis d’amis, et ainsi de suite.
De plus en plus, les individus, n’ayant pas trouvé chaussure à leurs pieds à cause d’incompatibilités ou d’échecs de conquêtes dans ces rencontres de ‘premier niveau’, s’en remettent à la providence ou se tournent vers des moyens plus technologiques, à savoir les sites et applications de rencontres.

Recourir à ces moyens pour faire des rencontres amoureuses est finalement devenu monnaie courante et est présenté comme une véritable alternative qui permet d’élargir le champs de recherche et de faciliter la mise en relation avec la personne idéale qu’on n’aurait pas eu la chance de rencontrer autrement.
Ces immenses bibliothèques de l’amour en ligne, dans lesquelles les individus vont se perdre avec espoir, promettent une ouverture sur le monde via la richesse de profils contenus. Pour autant les personnes qui y recourent ne se disent pas pleinement satisfaites et parallèlement à cela, de plus en plus de ces sites se spécialisent selon certains critères sociaux (religion, “exigence”, orientation sexuelle). 

Cela permet d’exprimer plusieurs hypothèses que nous allons interroger tout le long de cet article : est-ce que finalement cette promesse d’ouverture sur le monde et donc liberté dans la rencontre amoureuse n’est qu’illusoire ? Est-ce que ces nouveaux moyens ne donnent justement qu’une impression d’accès à une grande diversité d’individus mais en réalité qui nous est en refusée par des algorithmes qui vont reproduire des mécanismes ancrés dans nos sociétés ?  Finalement, est-ce que les machines qui font le tri dans les profils qui nous sont présentés ne régissent pas nos sociétés contemporaines comme le faisaient d’antan les parents en choisissant les partenaires de leur progéniture ?

Fondations

Rencontres arrangées & intérêts

Pendant très longtemps, les mariages (et donc les rencontres) étaient arrangés et l’amour n’était pas une raison valable pour une alliance familiale. Les sentiments n’y avaient pas leur place et ce jusqu’à la fin de la Seconde Guerre Mondiale. Il faut dire que dans la haute bourgeoisie, le mariage est avant tout un contrat entre deux familles et qui consiste à mettre en commun des patrimoines, et permet de s’élever socialement mais en aucun cas l’inverse : il n’y avait pas de porosité entre les classes sociales.

La différence entre les membres de différentes classes sociales était palpable et entretenue grâce à une culture de classe dans laquelle l’entre soi est de mise. Tant pour les bourgeois et aristocrates français ou anglais de l’Ancien Régime, il était inconcevable de se marier par amour. En revanche, l’amour pouvait éventuellement naître plus tard, une fois mariés.
Bien souvent dans la littérature on retrouve d’ailleurs ces termes assez révélateurs : “Ton devoir est de faire un bon mariage, qui servira au mieux les intérêts de ta famille et enfanter rapidement pour sceller ce ‘partenariat’.  Ensuite, tu verras s’il te plait et avec un peu de temps et de chance, peut être que naîtra l’amour.”

L’Antiquité

Si nous remontons à l’Antiquité (3000-2000 av. J.-C), dans une société alors phallocentrée et patriarcale, le mariage était un contrat privé qui se nouait devant les pères des deux familles.
Pour que le mariage ait légalement lieu, le père de la fille ou son tuteur choisissait un homme qui avait pour rôle d’être le juge de cette alliance. À Sparte comme à Rome, les lois prévoyaient des amendes pour ceux qui voudraient y échapper. Selon les lois de Lycurgus de Sparte, si les personnes se mariaient trop tard, des poursuites pénales pouvaient être engagées : le célibat était considéré comme un crime et l’alliance des familles comme un devoir. Il va sans dire que ces décisions étaient prises par les mâles des familles ou des clans concernés sans aucune consultation des femmes.

Dans ces sociétés dominées par les hommes, l’unique objectif de la femme se limitait à celui de la reproduction. Elle était considérée comme une enfant toute sa vie, ne disposant pas de réels droits et était transférée d’une tutelle masculine (père) à une autre (mari).

Michel Foucault, dans Histoire de la Sexualité Gallimard, 1976, explique que la domination masculine exercée dans la société patriarcale est le moyen qui permet aux ‘mâles’ d’exercer leur biopouvoir. Cela dans le sens où, ces derniers ne pouvant se reproduire entre eux  – contrairement à d’autres espèces comme les escargots ou les poissons clown qui sont tantôt mâles et femelles – et donc faire perdurer leur nom, leur pouvoir, deviennent tributaires de la femme, capable de gestation, et vont alors faire en sorte de la contrôler. 

L’Église prend le relai

À la chute de l’Empire Romain en 476, l’autorité et la protection des populations changent de main et reviennent aux institutions religieuses et l’Église prend alors le flambeau. Pour cette communauté regroupant toutes personnes chrétiennes, le mariage, était, en plus des raisons mentionnées précédemment, un moyen de contrôler et de réguler la croissance de la population. C’est-à-dire que l’Église, par son influence,  avait entre ses mains le pouvoir de contrôle sur les naissances dans la société.

C’est aussi l’Eglise qui jouera le rôle de la garante de cet ordre bien établi, par la crainte et la menace de représailles divines en cas de déviations aux moeurs et fonctionnements sociaux et sociétaux. 

La pseudo-exception de la population paysanne

Au Moyen Âge, l’Église considérait le mariage comme un projet familial, envisagé très tôt dans la vie des enfants, mais surtout lorsque l’enfant était de sexe féminin : l’échange de la jeune fille, par le biais d’un mariage avec une personne de situation meilleure était un moyen de s’élever socialement. L’enfant était alors, quand la famille en avait les moyens, élevé dans le seul objectif de gravir les échelons sociaux. Son éducation regroupait alors cours de dictions, latin, danse, … Tout ce qui pourrait lui permettre de se fondre dans une caste supérieure, sur laquelle était fondés tant d’espoirs.

À contrario, les questions d’argent ou d’intérêts dans la population paysanne étaient loins d’être des critères de choix du conjoint (ou de la conjointe) au début du XIIème siècle. Effectivement, les couples paysans se choisissent réciproquement selon différents critères comme l’apparence physique, le charme, la personnalité de l’autre ou tout simplement selon des envies mutuelles. Ces différents critères qui étaient inconcevables pour la classe supérieure émergeaient chez les paysans et menaient vers des mariages dits “d’amour”. 

L’amour est-il toujours aussi mal vu ?

Vers la fin du Moyen-Âge, de plus en plus de mariés finissent par éprouver de l’amour l’un envers l’autre. Rappelons-le, le fait de se marier avec quelqu’un qu’on n’aimait pas forcément n’avait aucune importance aux yeux des familles des futurs mariés. Ils étaient obligés de s’unir dans le seul et unique but de partager leurs biens. 
À cette époque, le fait de s’aimer après le mariage était considéré comme une anomalie et certains pouvaient s’en offusquer tellement la situation était inédite. Dans la Renaissance, il y avait que très peu de place pour les non-conformistes. En revanche, ce sentiment était essentiel dans le but d’engendrer la paix au sein du ménage et le bonheur des mariés. 

C’est au XVIIème siècle que l’on voit apparaître la naissance d’un mode de vie appelé “la préciosité” qui est à la fois un comportement, une élégance vestimentaire et un mouvement littéraire. Les femmes appelées “les Précieuses” étaient de véritables intellectuelles en quête d’une reconnaissance artistique ou intellectuelle et s’exprimaient avec un langage recherché. Ces femmes d’esprit s’opposaient au mariage lorsque le seul but est l’union d’intérêts. 

L’idée du divorce est introduite par la Réforme protestante à la Renaissance avec le divorce d’Henri VIII avec Catherine d’Aragon. La raison de ce désir de séparation résulte d’une frustration de la part du roi d’Angleterre qui ne parvenait pas a avoir d’d’héritier mâle avec sa femme. Le divorce n’était donc pas une solution basée sur un problème d’amour mais toujours d’intérêts au XVIème siècle. L’idée qu’un divorce peut être préférable à une vie de couple devenue très difficile est cependant acceptée par la majorité des protestants. Il y a une réelle dégradation du statut social de la femme qui ne devient plus qu’un objet symbolique ayant un rôle très limité : enfanter des successeurs. 

L’union civile, le divorce et le Code Napoléon

Agnès Walch, une historienne française spécialisée dans l’histoire du couple, dénonce l’infidélité et l’adultère dans les mariages arrangés chez les élites dans son ouvrage “Histoire de l’adultère (XVIe-XIXe siècle)”. Au XVIème siècle s’impose “l’authentique”, une règle fondée sur les lois romaines réinterprétées par les juristes royaux. L’adultère était puni par une condamnation à perpétuité selon le code Justinien, sauf si l’époux consentait à reprendre sa femme. Dans ce cas, la femme est qualifiée “d’authentiquée” et encourait la peine de passer le reste de sa vie dans un monastère ainsi qu’une privation de sa dot. 

L’union civile et le divorce sont instaurés par la Révolution le 20 septembre 1792. Les mariages sont alors célébrés auprès d’officiers municipaux et non plus dans des lieux religieux comme les églises.
Napoléon Bonaparte conclut un Concordat avec le Saint-Siège et rétablit le mariage religieux en instaurant le Code Napoléon stipulant qu’ “il n’y a pas de mariage lorsqu’il n’y a point de consentement”. Les parents et les familles ne peuvent donc plus décider pour leurs enfants et les obliger à se marier par intérêts. Ce sera officiellement au XIXème que nous parlerons de “mariage d’amour”. 

Maintenant que nous avons un aperçu historique des rencontres amoureuses et les modalités qui les entouraient, faisons un saut dans le temps pour nous intéresser à une période plus contemporaine de l’histoire, qui nous amène au milieu du vingtième siècle. 

Les débuts d’une dislocation par la révolution culturelle 

Libération et “révolution” sexuelle …

“Faites l’amour pas la guerre” crient les jeunes de mai 68, en pleine révolution sexuelle. L’expression  « révolution sexuelle », également appelée « libération sexuelle », recouvre les changements substantiels du comportement sexuel et des mœurs sexuelles survenus en Occident durant les années 1950 et 1960.
Elle a fait son apparition après une remise en question progressive et baisse de la mainmise de la religion chrétienne qui était jusqu’alors le ciment de cette emprise de l’homme sur la femme. La religion maintenait une certaine illusion : chacun avait un rôle et déroger aux règles établies reviendrait à se soumettre au jugement de Dieu. 

Ce mouvement est essentiellement marqué par l’émancipation sexuelle progressive des femmes, puis par l’affirmation de l’égalité des sexes, et encore plus tard par la légalisation de la contraception et l’avortement, via la reconnaissance des sexualités non-procréatrices.

En 1968, c’est un phénomène de rapprochement des corps qui s’opère. La sortie d’une France aux vieilles mœurs, sans relations sexuelles avant le mariage, sans contraception. L’exaltation est dans l’air et on se débrouille avec le préservatif, la Loi Neuwirth – légalisant les contraceptifs oraux – tout juste votée n’est pas encore vraiment appliquée.

Bien que les mariages de raison ne soient plus exactement la norme dans les sociétés et que les rencontres amoureuses ‘spontanées’ soient rendues possibles, certaines constructions sociales (religieuses) demeurent bien présentes, notamment les relations sexuelles avant/hors le mariages qui sont vues d’un (très) mauvais oeil quand cela concerne la femme.
Bien que les femmes commencent à s’émanciper, travailler, etc. elles demeurent au sein de la société inférieures ou du moins moins importantes que les hommes : l’image de l’homme dans la société est celle d’un individu libre, qui agit à sa guise, séduit, conquiert tandis que la femme, bien qu’elle commence à s’émanciper, cuisine, s’occupe des enfants, …

En ayant des rapports sexuels, la femme, court le risque d’une grossesse – non désirée – mais aussi le risque d’être jugée voire rejetée par ses pairs et son cercle familial. Tout est question d’image en société, le fameux “qu’en dira-t-on ?”. L’homme de son côté, et en fonction de son milieu – ainsi que celui de la femme – fait face au ‘seul’ risque d’un mariage de convenance. Il s’agit, dans les sociétés modernes occidentales, une union destinée à donner une apparence de régularité sociale à une situation vue comme à problèmes (grossesse, agressions sexuelles,…).

C’est justement face au constat cette dualité de positions et de libertés finalement que le mouvement de révolution sexuelle a vu le jour, bien évidemment aidé par la légalisation de la contraception orale qui va enfin permettre aux femmes de jouir de leur corps sans avoir la crainte omniprésente d’un potentiel enfant, plaisir jusqu’alors réservé aux hommes.

“Le désir sexuel était autorisé même en dehors de sentiments amoureux” raconte Danielle. Ça n’était pas péjoratif d’avoir une relation uniquement pour la sexualité, on n’était pas traitées de salopes, on n’était pas injuriées. Ça ne portait absolument pas préjudice à la réputation d’avoir plusieurs partenaires, ça faisait partie d’un mode de vie sans jugement.”

Mais bien que cette révolution sexuelle ait libéré les corps et rendue l’expression de désirs charnels plus facilement acceptables, ce n’est en réalité qu’en apparence que les rencontres amoureuses s’en trouvent libérées, facilitées ou rendues plus spontanées.

 … dans des sociétés (toujours) phallocrates …

Des féministes ont très tôt relativisé le progrès apporté par la contraception orale (qui a permis de lancer la “révolution sexuelle”) ayant estimé que s’est imposé dans certaines catégories d’âge le fait qu’il faille “coucher, même sans désir, pour avoir l’air libéré”, ce qui ne semble plus guère un progrès par rapport à l’époque où il fallait coucher, même sans désir, pour procréer.
Le slogan ‘Vivre sans temps mort, jouir sans entraves’ est ainsi peu à peu dénoncé pour son ambiguïté, comme une formule totalement creuse car passant à côté de la question du désir et de la liberté des êtres en tant que sujets. Il est même parfois interprété comme une injonction de jouissance normative, inscrite dans une vision traditionnelle de la sexualité masculine, ou d’avoir permis de banaliser, dans le cadre d’une vision libérale et capitaliste, l’industrie du sexe.

Alors même que le terme phallocratie  fut employé pour la première fois pendant la révolution sexuelle pour caractériser un ordre établi dans lequel l’oppression des femmes et leur relégation aux tâches subalternes et ses traits caractéristiques étaient jusqu’alors invisibles, la ‘grande révolution’ des années 1960 n’a pas seulement libéré les femmes de l’emprise des hommes, mais les a placées en position de faiblesse sur un “ marché sexuel” dérégulé. Comme l’écrit Christine Delphy, « la recherche de prince charmant, autrefois menée chastement, ne s’imagine plus sans moments torrides. Les publicités, au cinéma, ne présentent qu’une image du bonheur, du bien-être, de la normalité : un couple jeune en maillot de bain, en train de danser sur une plage tropicale, les yeux dans les yeux ». Les arguments de vente sont toujours les mêmes : « beauté, jeunesse et sexualité, voilà ce qu’on nous vend » .

« C’est l’écume qui a été prise », constate Hedwige Peemans-Poullet en portant un regard critique sur la révolution sexuelle, « pas la vague de fond ». Notre société est restée patriarcale, dominée par un capitalisme sauvage mondialisé, profondément sexiste. Nous sommes loin, malgré les apparences, de l’idéal égalitaire où hommes et femmes seraient partenaires en tout, dans la sphère privée et publique, dans la sphère de la production et de la reproduction, et dans l’intimité des relations, qui touche au plus près de la vie.

Continuité de la dislocation

Dans les années 80 et 90, la dislocation générée et aidée par la révolution culturelle des années 50, 60 et 70’s se poursuit. On retrouve cependant une certaine dualité dans les comportements de rencontre des individus.

A cette période les boites de nuits et cafés sont les de sociabilité et de rencontre par excellence : s’y mêlent tout type de personnes issues de milieux sociaux très divers dans un but ludique, libération, etc. Ainsi, on fricote sans le savoir dans les boîtes de nuit, on fait des rencontres, on s’amuse mais dès qu’il s’agit d’être plus sérieux, d’envisager des relations sur le long terme, mariage, la reproduction et détermination sociale entre en jeu et joue son rôle.
C’est la raison pour laquelle on peut dire que finalement ces lieux ne sont que de pseudo lieux de libération sociale. Un des exemples qui l’illustre parfaitement bien ce sont les rallyes organisés par les familles bourgeoises pour se faire rencontrer les jeunes gens de bonne famille, y rencontrer un possible futur mari et ainsi, préserver un statut social.

Dans Les ghettos du Gotha il est fait mention que, à  l’instar des rallyes qui jouent le jeu de l’entre-soi, Il y a les laissés pour compte du marché de la rencontre (pas beau, timidité maladive – à la limite de la pathologie-, personnes âgées). Ces derniers sont d’ailleurs réduits à quitter les lieux communs de rencontre puisque n’ayant pas les caractéristiques leur permettant de se distinguer dans de tels lieux pour se réfugier dans des structures spécialisées comme les clubs de rencontre. 
Toutefois les lignes bougent petit à petit et l’on tend vers une progression de l’exogamie et de la mixité culturelle et sexuelle, notamment grâce à la perte de l’imaginaire de l’homme dominant versus une  perception plus aiguë de la femme fatale romantique et de la working girl.

A la fin des années 90, sont lancés progressivement plusieurs sites de rencontres, nouvelles formes de rencontres médiées par la technologie.

C’est le début d’une nouvelle ère en ce qui concerne les rencontres amoureuses. La promesse de ces sites est la suivante : vous ne parvenez pas à trouver de partenaire qui vous correspondent dans votre cercle proche ? Pas de problème, grâce aux sites de rencontres, vous allez pouvoir élargir votre scope et rencontrer des personnes de tous les horizons. 
Ces sites de rencontre sont un succès immédiat et ils pullulent, bientôt suivis par des applications. 

Des outils qui prônent les rencontres de nouvelles personnes …

L’essor des sites de rencontres en ligne depuis le début du XXIème siècle semble avoir profondément bousculé les relations amoureuses, sexuelles et conjugales. Sans être devenu le mode de rencontre dominant comme la rencontre sur le lieu de travail ou d’études, les soirées avec amis, lieu public, ou cadre privé, ce mode de rencontre a pris beaucoup d’importance.

Avec l’arrivée du minitel en 1980, la messagerie ‘rose’ explose avec le célèbre 3615 ULLA. Quelques temps après, en 1994, l’arrivée d’internet permettra au monde entier de se connecter en temps réel les uns avec les autres, répondant à une envie exprimée par les personne à savoir, rencontrer de nouvelles personnes, en dehors de leurs “cercles” habituels de fréquentation.

En 2001, le 1er site de rencontre, Meetic, est créé par Marc Simoncini. Même si pendant plus de dix ans, avouer avoir rencontré son conjoint en ligne était peu admis, voire honteux, cette tendance s’est complètement inversée. En 2020, deux personnes sur trois sont en couple grâce à ces sites.

Aujourd’hui avec la banalisation des smartphones et certaines fonctionnalités comme la géolocalisation, il existe des applications (comme le très célèbre Tinder) adopté très rapidement par les plus jeunes qui sont nés avec les réseaux sociaux. Tinder par exemple, facilite les rencontres locales et les discussions instantanées.
Une révolution qui est devenu très banale mais avec quelques points négatif : 83% les utilisateurs d’application de rencontres se disent insatisfaits de leur expérience. Une perte de temps sur les applications avec 67% des célibataires qui passent au moins 4 heures par semaine à swiper et chatter mais ce n’est pas tout. 50% des femmes affirment avoir reçu du contenu explicite sans n’avoir rien demandé au préalable (dick pics,…).
Entre manque de respect et triche plus de 62% des Français savent qu’ils vont être déçus par leur prétendant avant de le rencontrer, il n’y a plus de confiance. Certaines études persistent à dire que d’ici 2037, 1 bébé sur 4 sera issu d’une rencontre online. 

Qui dans la réalité continuent de promouvoir la détermination sociale/l’entre soi ?

On trouve aujourd’hui pléthore de sites et d’applications dont la promesse est  que n’importe qui peut avoir un rendez-vous avec un parfait inconnu aux origines socio-culturelles très différentes. C’est ce que dénonce la docteure en sociologie Marie Bergström qui a constatée que Meetic et ses concurrents favorisent finalement l’entre soi. Un cadre préfère rencontrer un cadre, un patron un autre patron etc. C’est une tendance qui se retrouve dans les applications qui proposent des services VIP pour célibataires exigeants.

Les algorithmes des applications ne sont pas compliqués. Tinder utilise des informations sur les usages pour déterminer les profils mis en avant : faisant entrer dans ce classement les personnes qui ont été beaucoup sollicitées ou contactées. Mais en fait, contrairement à ce que l’on pense souvent, ils n’ont pas besoin de tout cela. Ce n’est pas déterminant pour la rencontre. Pour faire fonctionner un service de ce type, seuls quelques paramètres suffisent. Il y a une vraie crainte de la sophistication et de la détermination des algorithmes. Les logiques algorithmiques sont bien moins sophistiquées que les logiques sociales. Le lien entre les partenaires est le résultat de logiques de sélections sociales mises en oeuvre par les individus que par les algorithmes. Ils pré-sélectionnent des personnes mais ces paramètres sont moins déterminants que ceux que les gens mettent en oeuvre pour choisir leurs “âmes soeurs”.

D’un autre côté, les créateurs d’applications de rencontre ne revendiquent aucune compétence sur l’amour ou la sexualité, leur métier c’est avant tout du web et du numérique et ne se définissent pas par des compétences matrimoniales particulières.
Les concepteurs de sites et d’applications communiquent de manière très explicite sur le fait qu’ils copient uniquement des mécanismes qui fonctionnent et que finalement, dans ce secteur, tous les acteurs font la même chose !
La convention technique est très forte et les différences entre les sites et les applications reposent sur très peu de développements techniques. Grâce à la digitalisation et à la prise de position de ces entreprises privées, on remarque qu’elles peuvent faire fasse à des crises économique (ex : coronavirus), avec le confinement et les mesures de distanciation sociale, les sites et application de rencontre en ligne continuent à attirer toujours plus de monde avec des inscriptions à la hausse.  

L’homogamie sur les sites de rencontres

Sur les sites de rencontre nous retrouvons une auto-sélection sociale produite par un processus en trois étapes : l’évaluation des profils d’utilisateurs, l’échange écrit et la rencontre physique. À chacun de ces moments interviennent des mécanismes de sélection spécifiques qui conduisent finalement à ce que, sur les sites de rencontres comme ailleurs, qui se ressemble s’assemble.

En termes d’homogamie professionnelle, c’est-à-dire la part de couples réunissant deux partenaires avec des emplois semblables­, on n’observe de différence statistiquement fiable qu’avec les couples formés sur le lieu de travail.
Pour ces derniers, la tendance à l’homogamie est plus forte que pour les couples issus des sites. En ce qui concerne l’homogamie d’éducation, seules les rencontres faites sur le lieu d’études ou de travail sont significativement plus homogames que celles faites sur les sites de rencontres.

Pour finir aucune différence ne peut être établie en ce qui concerne l’homogamie d’origine sociale, mesurée par la profession des pères des deux conjoints. Les différences observées entre les sites et d’autres contextes de rencontres ne sont donc pas suffisamment fortes pour pouvoir conclure à une spécificité de ces services. Seuls les contextes professionnels et éducatifs apparaissent ­ par leur nature même ­comme étant propices aux rencontres entre partenaires ayant un travail ou une éducation similaires.

Homogamie selon les lieux de rencontres par rapport aux sites de rencontres ­ coefficients de régression logistique

Ces résultats sont concordants avec une étude portant sur des couples formés en Allemagne et aux États-Unis. Comparant l’homogamie d’éducation des relations nouées sur internet (tous sites confondus) et ailleurs, l’auteure montre que seuls les couples qui se sont connus dans des lieux d’études ou de travail sont significativement plus homogames que les couples issus d’internet.


Peu ou pas de différences (en termes d’homogamie d’éducation) sont observées entre les rencontres en ligne et celles faites via les amis, la famille, les associations ou les loisirs. La diffusion des sites de rencontres ne semble donc pas affecter sensiblement l’appariement de couples socialement homogènes.


Comment se produit alors l’homogamie sociale sur ces sites, c’est-à-dire en l’absence de certains éléments essentiels des modèles habituels ? On retrace ici les nouveaux chemins vers un autre semblable. L’enquête met en évidence un processus de rapprochement des partenaires composé de trois phases clairement identifiables : l’évaluation des profils d’utilisateur, l’échange écrit et la rencontre en face-à-face. À chacun de ces moments interviennent des mécanismes de sélection spécifiques, socialement différenciés, qui mettent fin à certaines relations potentielles et conduisent d’autres à l’étape suivante.

Outre la classe sociale, l’appartenance religieuse représente aussi un critère de sélection avec des plateformes comme Mektoube dédié aux musulmans ou Theotokos pour les catholiques.


“Ces sites seraient le reflet d’un nouvel entre-soi”, analyse la docteure en sociologie au micro de France Culture. Compartimentage effectifs avec les sites de rencontre (Jswipe pour les juifs, musulmans, ..). Au fur et à mesure que les sites pionniers se sont popularisés, d’autres sont apparus, ciblant des populations spécifiques.


Une partie de ces sites dits de « niche » ciblent les classes supérieures, par le moyen de la cooptation ou sur le principe du partage de pratiques culturelles distinctives. Il en résulte un mouvement de migration des usagers, allant des sites « grand public » vers des espaces dédiés aux personnes pourvues de capitaux économiques et/ou culturels. Aussi la démocratisation des sites de rencontres traduit-elle une “démocratisation ségrégative”. La spécialisation à outrance de ces sites peut parfois interroger, car à force de chercher son double dans des critères très spécifiques, le célibataire risque de s’enfermer dans ses propres clichés. “Penser que rencontrer quelqu’un qui vous ressemble soit la clé d’une relation réussie est illusoire”, un idéal précaire car un loisir n’est qu’une petite partie de la personnalité d’un individu.


Dans un coup de foudre, on tombe sous le charme sans avoir toutes ces informations. Sans compter que 70 % de notre communication est non verbale. Dans la réalité, on recherche quelqu’un qui voit le monde de la même manière que soi, plus que quelqu’un qui fait le même sport. Et en amour, l’essentiel ne se met pas en équation. 

Finalement

Cette promesse d’ouverture sur le monde considérée comme une liberté dans la rencontre amoureuse n’est qu’une illusion.
Finalement, l’être humain ne fait que créer des solutions de rencontres selon ses ressources à disposition (technologies les plus récentes par exemple) pour la faire adopter à ses utilisateurs mais les cultures restent inchangées. Ces nouveaux moyens ne donnent qu’une impression d’accès à une grande diversité d’individus mais en réalité, les algorithmes la refusent et reproduisent des mécanismes ancrés dans nos sociétés depuis des milliers d’années.


La réelle différence avec les époques où il n’y avait pas internet et donc pas encore toutes ces solutions de rencontres, c’est qu’une relation peut plus rapidement prendre forme entre deux individus quels que soient leurs sexes grâce à une accessibilité accrue vers le contact humain par le biais d’interactions comme le chat par exemple. 

Finalement, nous pouvons sentir que les individus sont piégés dans leur déterminisme social car suivant les différentes cultures, le paradigme autour du mariage ainsi que de l’amour est différente. C’est pour cela qu’aujourd’hui, il existe des centaines d’applications de rencontres avec des configurations variées.

Certaines sont principalement basées sur la religion car selon leurs croyances, ces individus ne peuvent avoir de relations pérennes avec d’autres individus d’autres religions. D’autres moyens technologiques permettant de trouver son âme soeur sont filtrés selon des critères orientées vers le statut social. En effet, cela permet aux personnes de pouvoir prédire son niveau de richesse, ce qui était autrefois la raison d’une alliance entre deux familles. Rien de nouveau sous le soleil.


Illustration de couverture : Diana Roman.